J’ai passé la première partie de ma vie en Corse où ma famille, originaire de Sardaigne, avait émigré juste après ma naissance, en 1955. J’y ai appris le français en même temps que l’italien, le corse et le sarde. Après le bac, j’ai poursuivi mes études en Sardaigne. Aujourd’hui, je suis marié avec une napolitaine et j’enseigne le français langue étrangère dans un lycée d’Oristano. Valeria, ma fille, est née à Oristano il y a maintenant sept ans, mais bien que jelui parle français depuis sa naissance, elle persiste à utiliser l’italien avec moi. Je n’ai jamais essayé de lui « enseigner » le français, comme on le fait à l’école. Au contraire, nous communiquons le plus naturellement possible, sans la contrainte des règles de grammaire et des notes, moi dans la langue de Dante et elle dans celle de Voltaire.
Il faut dire que Valeria utilise quelquefois le français, mais c’est quand on joue à « Barbara et Elisa », ses cousines qui habitent en Corse. Il nous arrive aussi dejouer à nous-mêmes, c’est-à-dire à « papa et Valeria », et là aussi, ça marche. Ce jeu, ce n’est pas moi qui l’ai proposé, fort de mon expérience de professeur.C’est ma fille qui l’a inventé.
Son petit frère, Ferdinando, réagit exactement comme elle: il parle toujoursitalien avec moi.
Les gens qui nous entendent parler trouvent la chose bizarre qu’un père, en Italie, s’adresse à leurs enfants en français et que ceux-ci lui répondent en italien, mais personnellement, j’ai accepté la chose et ma femme aussi.


