Élever un enfant dans deux langues demande un effort soutenu sur plusieurs années. Le bilinguisme ne va pas de soi : il est le résultat d’une adhésion de toute la famille, que la seconde langue soit celle d’un des parents, qu’elle soit celle de la cellule familiale dans un pays étranger ou, tout simplement, un projet d’apprentissage pour l’enfant d’une famille monolingue. Combattre les idées reçues, trouver les moyens de lutter contre l’érosion de la langue « faible », se construire une identité à partir de deux langues et de deux cultures, tels sont les défis à relever par les enfants bilingues et leurs parents.
Comment se construit le langage chez un enfant ? Est-on bilingue de la même façon selon que l’on apprend une seconde langue dès la naissance ou plus tardivement ? Quelle est la meilleure façon pour transmettre deux langues simultanément ? Quels sont les effets du bilinguisme sur les parcours scolaires et le développement intellectuel des enfants ? Combien de langues un enfant peut-il apprendre ? Comment aider un adolescent à se sentir bien avec une double identité, linguistique et culturelle ?
Ce livre est destiné à tous ceux, parents, enseignants, professionnels de la petite enfance, qui s’intéressent au bilinguisme et au plurilinguisme. Il en analyse les différents aspects à la lumière des études les plus récentes pour que, au-delà de
« recettes » ou de « conduites à tenir », chacun puisse trouver sa propre réponse dans des situations toujours singulières
Aux éditions de La Découverte
Acheter « Le défi des enfants bilingues »
« Quand, en 1968, je visitai pour la première fois Paris lors d’un voyage scolaire, j’ai su que c’était la ville où je voulais vivre. C’est ce qui arriva après mes études de linguistique. Un mariage « mixte » et quelques années plus tard, à la naissance de ma première fille, mon intérêt pour les langues se mua en passion pour le bilinguisme. J’ai cherché en vain, à l’époque, des conseils et des informations sur les enfants bilingues – sans oser parler de la troisième langue de la famille, l’arabe – rencontrant partout méfiance et incompréhension. Je suis allée chercher les informations à la source dans la linguistique et dans la psychologie sociale, à l’université et sur le terrain. J’ai appris à me méfier des « bons conseils », la connaissance de mes interlocuteurs cédant trop souvent le pas à l’inquiétude devant « tant de langues ».
Avec le père de mes enfants, nous avons mené la barque linguistique de notre famille en passant par des hauts trilingues et par des bas monolingues. Nous avons dû nous rendre compte que l’éducation des enfants en plusieurs langues n’est pas un long fleuve tranquille. Il a fallu défendre le trilinguisme des premières années devant des psychologues et des enseignants, se battre plus tard pour que les enfants gardent le lien avec la langue de leur mère, celle du père ayant été perdue entre-temps…….
J’ai dû me rendre à l’évidence qu’il est difficile de pratiquer sa première langue tout au long des années et qu’il arrive un jour où on est à tel point acculturé dans le pays de son choix qu’on trouve étrange de parler « étranger » avec ses enfants.
Au bout de ces trente années passées avec plusieurs langues, je constate que l’effort des premières années n’était pas vain ; avec joie nous avons assisté au renouveau de l’allemand chez nos trois enfants devenus ados et c’est avec fierté que nous accompagnons leurs efforts de jeunes adultes de se réapproprier la première langue de leur père, l’arabe.
Aux éditions de La Découverte


